Posteado por: crisdiaz24 | noviembre 8, 2014

11 Novembre 1914

POPPIES

LETTRES DE POILUS

LETTRE DE MARTIN VAILLAGOU À SON FILS MAURICE

Voici pour Maurice.
Je vais exaucer les voeux à Maurice dans la mesure du possible. D’abord pour les lignes de combat, je vais tra­cer un plan au dos de cette feuille que tu pourras suivre et expliquer à maman, à moins que maman comprenne mieux que Maurice. Pour les balles allemandes, je pour­rai le faire. J’en apporterai quand je reviendrai. Pour le casque de Prussien, cela n’est pas sûr. Ce n’est pas main­tenant le moment d’aller les décoiffer. Il fait trop froid, ils pourraient attraper la grippe. Et puis, mon pauvre Maurice, il faut réfléchir que les Prussiens sont comme nous. Vois-tu qu’un garçon prussien écrive à son père la même chose que toi et qu’il lui demande un képi de Français, et si ce papa prussien rapportait un képi de Français à son petit garçon et que ce képi fut celui de ton papa ? Qu’est ce que tu en penses ? Tu conserveras ma lettre et tu la liras plys tard quand tu seras grand. Tu comprendras mieux. A la place du casque de Prussien, je vais t’envoyer à toi, à Raymond, maman peut les rece­voir aussi, des petites fleurs de primevères que les petits enfants (garçons et filles) du pays où je suis cueillaient autrefois et qui faisaient leur joie, et que moi, le grand enfant, j’ai cueilli cette année dans leur jardin pour te les envoyer. (Je ne les vole pas, elles se perdraient tout de même.) Je vous les envoie pour que vous pensiez un peu à leur malheur de n’être plus dans leur maison. Je vois, je mets même mes ustensiles de cuisine sur un petit dodo de ces petits enfants. Il y en a là deux, même que je ne peux voir sans penser à vous et les larmes aux yeux me disent que vous êtes tout de même heureux par rap­port aux autres…

Suippes (Marne), le 26 août 1914
Vaillagou Martin à ses deux fils Maurice et Raymond
Mes chers petits,
Du champ de dévastation où nous sommes, je vous envoie ce bout de papier avec quelques lignes que vous ne pouvez encore comprendre. Lorsque je serai revenu, je vous en expliquerai la signification. Mais si le hasard voulait que nous ne puissions les voir ensemble, vous conserverez ce bout de papier comme une précieuse relique; vous obéirez et vous soulagerez de tous vos efforts votre maman pour qu’elle puisse vous élever et vous instruire jusqu’à ce que vous puissiez vous instruire vous-même pour comprendre ce que j’écris sur ce bout de papier. Vous travaillerez toujours à faire l’impossible pour maintenir la paix et éviter à tout prix cette horrible chose qu’est la guerre. Ah ! la guerre quelle horreur!… villages incendiés, animaux périssant dans les flammes. Etres humains déchiquetés par la mitraille : tout cela est horrible. Jusqu’à présent les hommes n’ont appris qu’à détruire ce qu’ils avaient créé et à se déchirer mutuelle­ment. Travaillez, vous, mes enfants avec acharnement à créer la prospérité et la fraternité de l’univers. Je compte sur vous et vous dis au revoir probablement sans tarder. Votre père qui du front de bataille vous embrasse avec effusion.

Si vous voulez écouter ces lettres, et d’autres encore, cliquez sur : http://www.t411.me/torrents/archives-sonores-paroles-de-poilus-mp3192-grrr

 

Commentaire de Jean-Pierre Guéno, directeur de Paroles de Poilus, lettres et carnets du Front (1914-1918), Flammarion 1998:

Chaque fois qu’un Poilu écrit à sa femme ou à ses enfants, il se dit que c’est peut-être son testament qu’il envoie à sa famille. Personnellement, je ne cesse de penser à la lettre du soldat Martin Vaillagou qui écrit à son fils, fin août 1914, au moment des pires tueries, et alors qu’il a toutes les raisons d’être animé par les pires intentions d’homicides à l’encontre des Allemands. Comme la plupart des Poilus, il a perdu un tiers de ses amis d’enfance. Ils ont été mobilisés au même endroit, il les a vus, étripés, le ventre à l’air, explosés. Et que dit-il à ses enfants? « Jusqu’à présent mes enfants, les hommes n’ont su que s’entre-déchirer, c’est à vous que reviendra la tâche qui consistera à bâtir la fraternité universelle et l’Europe de demain. » J’ai toujours été surpris de ne pas trouver dans les lettres de Poilus – ou si peu – de traces de haine « anti-boche ». Ce qui m’a toujours frappé dans les lettres des poilus, c’est au contraire leur humanité, cet entêtant refus de diaboliser l’ennemi.

Jean-Pierre Guéno

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