Posteado por: crisdiaz24 | junio 19, 2013

APPEL DU 18 JUIN 1940

appel du 18 juin

Les 10 jours qui ébranlèrent la France

François DELPLA

“Les 10 jours qui ébranlèrent la France” – Introduction de son ouvrage l’Appel du 18 juin 1940, Grasset, mai 2000

Londres, un soir de juin. A quelle heure ? C’est l’un des points qu’il faut éclaircir car des versions contradictoires circulent. L’Angleterre est en guerre, ses armées bousculées quittent en hâte la France toute proche mais on ne sent guère d’inquiétude dans la population. Un jeune général français pénètre dans les locaux de la BBC. Introduit dans un studio, il prononce un discours à l’adresse de ses compatriotes.

Charles de Gaulle n’est pas un inconnu, même si son nom n’est pas familier à beaucoup. Le fait même que les militaires dont les portraits ornent les unes des journaux aient largement dépassé la soixantaine habitue le public à l’apparition brusque de nouvelles figures, lorsqu’une action spectaculaire a requis les services de gens plus jeunes. Ce fut le cas lors des batailles de Montcornet et d’Abbeville, sur lesquelles le commandement comptait pour redorer un peu son blason – et il avait à cette fin promu le colonel de Gaulle, spécialiste reconnu des chars, à la tête de ses dernières réserves blindées regroupées en une ” quatrième division cuirassée “. Sans écraser l’ennemi comme ses panégyristes l’ont parfois écrit, il lui a imposé des reculs suffisants pour obtenir aussitôt le grade de général et il a même été appelé au gouvernement, par un Paul Reynaud friand de coups publicitaires. Son poste de sous-secrétaire d’Etat à la Défense lui conférait en principe la direction de l’effort de guerre, sous l’autorité directe de ce même Reynaud, avec le pouvoir de donner des ordres au chef des armées, le général Weygand.

Dans cette France en plein désastre, maints commentaires avaient aussi rappelé que de Gaulle était, tout au long des années 30, un officier moderniste, partisan d’adapter la stratégie à la motorisation, et qu’il avait été peu suivi, alors que l’état-major allemand avait mieux écouté ses émules d’outre-Rhin. Possédant l’explication de la défaite, il pouvait apparaître comme celui qui saurait retrouver le chemin de la victoire.

Et c’est ce qui arriva. Mais au prix de difficultés que les atouts du départ, qu’on vient de résumer, ne laissaient nullement prévoir. C’est qu’il faut mettre en regard ce qui faisait de ces atouts des fétus, et de leur porteur un solitaire. En premier lieu, l’étrange talent du chef adverse. A la vérité, ce facteur résume tous les autres : Hitler avait hypnotisé la planète, et ce sont ceux qui mettaient en doute l’inéluctabilité, au moins à court terme, de sa victoire qui passaient pour anormaux. Mais comme on vient de consacrer un livre à ce personnage, il reste, dans celui-ci, à mesurer les effets de ses mystifications sur la capacité de combat non pas d’un pays, la France, mais de deux, la France et l’Angleterre, dans un contexte mondial où les Forces qui se réclamaient du progrès, de la démocratie et de l’humanisme avaient beaucoup de plomb dans l’aile.

En France, la sous-estimation du talent de Hitler a induit jusqu’à nos jours un débat lourd d’arrière-pensées politiciennes, qui rappelle la vieille controverse sur la poule et l’œuf : pour les uns, le peuple a donné l’exemple du défaitisme et de l’aboulie, et les élites n’ont pu qu’en prendre acte, tandis que pour les autres la débâcle engendrée par les erreurs, voire les crimes, des élites a englué le peuple dans des soucis matériels qui l’empêchaient de penser au destin de la patrie.
En Angleterre, cependant, un voile peu à peu se lève – avec une majestueuse lenteur. Le premier ministre Churchill est longtemps passé, et d’abord de son propre fait, pour un chef dont l’ardeur était spontanément égalée par ses troupes, ou presque. Non seulement le peuple, mais les élites et notamment ses camarades du parti conservateur, goûtaient d’autant mieux sa martiale éloquence qu’elle rejoignait leur pensée. Bref, la vieille Angleterre dure à cuire n’aurait fait que rester elle-même, et Hitler se serait ridiculement fourvoyé en espérant le contraire. C’est ignorer le rôle capital, et de justesse contrecarré, d’un puissant parti de la paix emmené par le ministre des Affaires étrangères, le vicomte Edward Halifax. On savait que ce dernier, avec son compère Neville Chamberlain, avait au cours des années 30 incarné la politique d’appeasement, indulgente envers les revendications hitlériennes, mais on pensait jusqu’aux années 70 que cette tendance avait fait naufrage dans les eaux norvégiennes avec le gouvernement Chamberlain, au début de mai 1940. Depuis, l’apparition des archives du cabinet de guerre a montré qu’elle survivait encore à la fin de ce mois, et la chronologie de sa disparition s’est entourée d’un mystère que peu d’historiens ont cherché à dissiper.

Le 18 juin est donc l’histoire de deux folies apparentes qui vont peu à peu, à travers mille obstacles, se révéler rationnelles. Leurs porteurs, Churchill et de Gaulle, se remontent mutuellement le moral et s’aident à affirmer leur leadership : là n’est sans doute pas le moins important. En même temps, leur alliance est déjà conflictuelle. Car chacun doit tenir le plus grand compte de ses compatriotes qui, pour l’autre, ne sont qu’une masse de manœuvre. Ce que nous allons découvrir c’est, loin d’une division grossière entre des ” masses ” et des ” élites ” homogènes, de subtils jeux internes aux élites de l’un et de l’autre pays, et des croisements peut-être inattendus, car Halifax a aussi ses Français.
La narration minutieuse de cette journée, avec un minimum de rappels sur les attitudes antérieures des uns et des autres, est riche d’enseignements sur la formation des clivages qui, pour beaucoup, vont perdurer jusqu’à la fin de la guerre, et parfois bien au-delà.

Il sera cependant nécessaire de pousser un peu plus avant. On savait que l’existence d’un mouvement gaulliste, hébergé à Londres, avait été longtemps précaire et que sa reconnaissance par le cabinet de guerre, le 28 juin, avait été bientôt compromise par la canonnade de Mers el-Kébir, le 3 juillet, avant que les accords du 7 août n’ouvrent la voie à des entreprises communes en Afrique. Ce que nous allons découvrir c’est que les paroles mêmes que de Gaulle voulait prononcer le premier jour, il n’a réussi à les émettre dans leur intégralité qu’au début de juillet.

Couverture de l’ouvrage de François Delpla,

“l’appel du 18 juin 1940”

“L’appel du 18 juin 1940” par François Delpla, Grasset, Paris, 2000

http://www.charles-de-gaulle.org/pages/l-homme/dossiers-thematiques/1940-1944-la-seconde-guerre-mondiale/l-appel-du-18-juin/analyses/les-10-jours-qui-ebranlerent-la-france.php
 

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